Adresse au Grand Lama de Rome: ou le bon sens vengé.

A. Clesse.

1792.
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LA MORALE EST LA FILLE AINÉE DE LA NATURE ;
Elle est immortelle comme sa mère.

L'ignorance de toute éternité, -- les hommes aux sottises avoit enchaînés. -- Ce n'est point le plus fort qui leur a le plus de mal causé ; -- c'est le fanatisme et ses préjugés, -- qui l'espèce humaine ont subjugée, -- maîtrisée, -- déshonorée.

Les prêtres d'un pôle à l'autre le mot se sont donnés, -- pour nous épouvanter, -- notre ame troubler, -- ils ont dans tous

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les tems l'imposture pour du vrai fait passer. -- Toutes les nations de la terre bernées, -- par le bout du nez menées ; -- les bonnes places du paradis argent comptant vendues, mais non pas livrées, -- le purgatoire par eux inventé, -- des fleuves d'or et d'argent leur a amené. -- L'intérét, leur seul mobile, les a constamment guide, -- pour nous tromper, -- afin d'avoir ample aisance et commodité. -- Le trône de leur religieuse imposture, déja avili, méprisé, -- dans peu va crouler ; -- la raison éternelle sur ses débris poudreux va siéger, -- le voile de ses odieux mystères, par elle sera déchiré, -- le talisman de leurs incompréhensibles sottises sera expliqué, -- ensuite brisé, -- et sa folle nullité enfin au grand jour sera montrée.

La raison éternelle aux humains ainsi va parler : -- O vous, mortels insensés, -- que l'erreur a toujours guidés, -- et qui toujours avez -- dans les ténèbres tremblés, -- à la lumière enfin vos yeux ouvrez, -- par elle seule la vérité saurez, -- et votre bonheur trouverez, -- ce sera par elle

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que vous apprendrez, -- que tous les cultes préchés et prônés -- ne sont que le produit malade de quelques cerveaux troublés, -- par la vérité que l'histoire a burinée, -- vous apprendrez -- que les dieux de l'ancienne Rome de métal fabriqués -- étoient aux temples nourris d'animaux sacrifiés, -- chaque jour du plus au moins étoit célébré, -- par des dons nouveaux à l'autel apportés, -- le gros bétail de fleurs orné, par le riche au templé conduit, amené, -- veaux, moutons, poules et œufs par le pauvre présentés : -- chaque dévot imbécile fermement pour lors persuadé, -- que la volaille et bétes cornées -- pour la table de Jupiter, Junon et compagnie étoient destinés, apprêtés. -- L'incroyable démence de ces hommes abusés, -- à son comble sans doute étoit portée ; -- mais faites attention, et remarquez -- cette dévorante religion sera substituée -- par une autre mille fois plus digne de pitié ; -- ce ne seront plus les dieux d'airain qui se rempliront le gisier, -- mais ce sera le père éternel et son fils bien-aimé, -- qui à leur tour
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seront sacrifiés, mangés et digérés. - Les mangeurs d'hommes antropophages sont nommés, -- les mangeurs de dieux comment les appeller?

Ce culte immoral et insensé -- est encore de nos jours observé, conservé, pratiqué, révéré, -- qui pendant près de dix-huit siècles dans le monde entier -- des fleuves de larmes et de sang a fait couler. -- Des arlequins et pierrots ridiculement bariolés, habillés, -- l'ont prôné, prêché, perpétué, -- la sottise et l'erreur furent déifiées, -- le bon sens et la raison outragés, -- cette longue démence fut appuyée par des brigands couronnés, -- qui tous leur compte y ont amplement trouvé.

Cinq mots hypocritement prononcés, -- par un fourbe ignare ou insensé, -- fut un ordre en dernier ressort dicté -- au dieu-fantôme de venir s'incorporer -- en cinq ou six mille petits pâtés, -- vulgairement hosties appellés. -- Ce dieu en pâte-cuite une fois l'an pompeusement par-tout est promené, -- les vieux enfans le matin en sont occupés, -- les petits en

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font autant l'après-dîné. -- Ce dieu de farineuse essence toute la tournure aristocrate a conservé ; -- car il a à son service plusieurs sortes de livrées : -- chez le. riche il paroît en pompe fastueusement accompagné, -- chez le pauvre il apparoît mesquin et déguenillé. -- Le pauvre du riche fut toujours distingué, -- même par le dieu pendu-crucifié.

Hommes libres , hommes raisonnables et sensés, -- il est tems de vous réveiller, -- du sommeil fantasque dans lequel vous êtes plongés, -- depuis dix-huit cents années, il est tems d'abjurer vos erreurs déifiées, -- qui de torrens de larmes et de sang vous ont fait couler, -- qui le monde d'un bout à l'autre ont déchiré, incendié, de sang arrosé ; -- à jamais vous devez renoncer à ce culte barbare et insensé, -- que le mensonge et l'imposture vous ont prôné, -- par l'organe des moines capuchonnés, -- ensuite triplement couronnés.

Que la raison, justice et vérité, soient à l'avenir vos déités, -- qu'elles soient éternellement

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accompagnées -- de leurs filles chéries la liberté, l'égalité ; -- c'est à ces divinités toute-puissantes et sensées, -- que vous devez des temples ériger. -- C'est pour la patrie seule due vous devez sacrifier, -- force, talens et facultés. -- Votre existence dans celle d'autrui respecter, -- être homme enfin pour l'amour de l'humanité, -- et soyez après tout de cette maxime pénétré : Que les esclaves fanatiquement aveuglés, -- ne sauroient jamais devenir les enfans de la lumière et de la liberté.

Cette nouvelle foi publiquement avouée, -- est l'ouvrage d'un sans-culotte débaptisé -- de la commune de Mons administrateur, à Paris réfugié.

A. CLESSE.

A PARIS, de l'imprimerie de H. J. JANSEN et comp., cloître Saint-Germain-l' Auxerrois.