LA CHASSE AUX BÊTES PUANTES ET FÉROCES,

Qui après avoir inondé les bois, les plaines, &c. se sont répandues à la Cour & à la Capitale.

Suivie de la Liste des Proscrits de la Nation, & de la notice des peines qui leur sont infligées par contumace, en attendant le succès de poursuites qui sont faites de leurs personnes, ou l'occasion.

Par ordre exprès du Co.... Perllll, & en vertu d'une délibération unanime d'icelui, à laquelle ont assisté tous les Citoyens de cette ville.


A PARIS, De l'Imprimerie de la Liberté.
1789.
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DÉCRET

Sur le rapport qui nous à été fait par le Capitaines des Chasses, d'après les représentations des Gardes & Paysàns des Terres & Seigneuries des environs de Paris, disant que le nombre considérable des bêtes puantes & féroces qui ravagent ordinairement les bois, plaines, parcs, &c. après avoir dévasté la plus grande quantité de ces possessions, & détruit en partie l'espoir du Laboureur, s'étoient tout-à-coup répandues à la Cour & dans la capitale, & y faisoient le plus affreux ravage.

Jugeant qu'il étoit de notre prudence de continuer à détruire, comme par le passé, toutes ces bêtes puantes & dangereuses, ainsi que les bêtes féroces qui se sont jointes à elles ; nous avons résolu, d'après les opinions de notre conseil, d'augmenter le prix de leur perte, toujours payé aux Gardes Chasses, Paysans, &c. & comme leur espece le reproduit journellement, & que le nombre de ceux qui leur donnoient précédemment la chasse, ne seroit pas suffisant pour

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remédier aux inconvénients qui pourroient résulter du dégat qu'elles nous ont déjà fait éprouver, nous avons rassemblé autour de nous nos amés & féals très-chers Gardes-Françoises, ainsi que tous les Citoyens de bonne volonté, dont le premier intérêt doit être de veiller à leur propre conservation & à celle de leurs biens. Nous bornant au nombre qui pourra résulter de cet assemblage, sans vouloir, qu'à la derniere extrémité, agréer les secours qui nous ont été offerts par les Braconniers, petits Suisses & Allemands dont nous n'avons cependant pas tout-a-fait rejeté les services, mais que nous n'emploierons qu'avec une extrême prudence & circonspection, nous méfiant toujours de gens qui, sous le prétexte de chasser la bête fauve, pourroient aussi détruire le bon gibier.

A CES CAUSES voulant, à quelque prix que ce soit, consommer la destrution totale de ces bêtes carnassieres & venimeuses que nous avons déjà commencée en partie, nous avons conclu qu'il étoit nécessaire d'intéresser le courage & l'adresse par une récompense généreusement proportionnée à la bête morte qui nous sera présentée ou amenée dans un état ou nous n'en aurons plus rien à craindre.

En conséquence, avons arrêté entre nous le tarif suivant pour être communiqué à

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nos nouveaux Chasseurs. Voulons qu'il soit lu, publié, imprimé & affiché dans tous les lieux de notre surveillance, à ce que personne n'en prétende cause d'ignorance : voulant de même employer tous les moyens de parvenir à nos fins, invitons tous les Habitans de la Campagne & de toutes les villes du royaume, à nous prêter la main pour cette exécution, leur assurant tous droits à la récompense ci-après désignée.

ARTICLE I.

ON est fortement convaincu qu'une Panthere, échappée de la Cour d'Allemagne, a séjourné en France quelques années sans y commettre de ravages ; on l'a aperçue à Versailles, dans plusieurs parcs, quelquefois aux promenades. La douceur du climat paroissoit avoir apaisé sa férocité, le Roi même se plaisoit à la voir ; mais depuis un certain temps, elle a repris toute la rage germanique. Fixons sa mort à quarante mille livres. Elle est forte, puissante, les yeux enflammés & porte un poil roux, ci ...... 40,000 liv. qui seront payées sur le champ au Palais Royal, au Chasseur assez habile pour ne la pas manquer.

II.

UN Tigre élevé à la Ménagerie de Vertailles, sous la direction & le gouvernement

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de M. de la Vauguyon vient d'en prendre la fuite après avoir fait les plus horribles dégats: ayant tout à craindre de son retour en ce Royaume, évaluons sa mort à trente-cinq mille livres qui seront payées de même au Palais Royal. On assure qu'il est chez l'Electeur de Cologne.

III,

UNE Louve de Barbarie, élevée par curiosité par la familie des Polignac, par une bizarrerie monstrueuse de la nature, s'étant accouplée avec le Tigre & le Panthère ci-dessus désignés, ainsi qu'avec une prodigieuse quantité d'animaux de différentes especes, en est devenue tout-à-coup enragée ; elle court aussi le pays. Vingt mille livres pour celui qui la tuera.

IV.

UN vieux Renard de cinquante trois ans, dont on n'eÛt jamais soupçonné la ruse & la méchanceté, vient aussi de disparoître ; on l'a vu souvent dans les bois & aux environs de Chantilly. Dix mille francs à celui qui nous présentera sa peau.

V.

Un Oiseau de Proie, vulgairement connu sous le nom de Duc, & auquel on donnoit plaisamment le nom de Duc de Bourbon, a pris son vol par les villes de Bruxelles,

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Francfort &c. Cet oiseau si cruel ne voltige pas sans dessein dans ces villes ; pareille somme de dix mille livres pour celui qui nous le représentera les yeux crevés.

VI.

UN jeune Oiseau de la même espece, fruit de la couvée de ce premier, & dont on a lieu de craindre le même effet. Cinq mille livres pour même condition.

VII

Un vieux Lion de 55 ans, élevé à l'île Adam, château très-considérable, appartenant au Prince de Conti, comme tout aussi dangereux que les animaux ci-dessus, égale somme de dix mille livres pour récompense de sa mort.

VIII.

UN Singe du Mexique, connu sous le nom de Singe Capucin, devenu tout-à-coup malicieux & perfide, deux cents livres à qui pourra nous donner des preuves certaines qu'il n'y a plus rien à en appréhender ; on le voit quelquefois roder dans l'intérieur & autour des murs de l'Archevêché, quelquesois dans la Métropole, mais rarement.

IX.

UN Hérisson très-sauvage, après avoir long-temps fatigué les troupes campées au champ de Mars, a paru dans la capitale,

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notamment au pont tournant, aux Thuileries, puis de là à Versailles, a disparu de même. Deux cents livres à qui le trouvera mort ou vif. (i).

X.

UNE Fouine qui a long-temps appartenu à M. de Calonne, quoique M. le Brun n'ait point voulu la lui céder en propre, en raison de certain talent. Cinquante francs à qui pourra la chasser hors du royaume.

XI.

UN Ecureuil venant des Forêts du comté de Guiche, qui a quelquefois fait amusement de Messieurs les Gardes du Roi, étant actuellement sauvage, traître & méchant, cent livres à qui pourra le mettre en cage. On invite Messieurs les Gardes du Roi à s'en défaire s'il paroit parmi eux, sans cependant oser leur offrir d'autre récompense qu'un remerciement national.

XII.

UN Blaireau, grand destructeur de grains, qu'on a vu à la grande chambre sans savoir pourquoi, dans l'hôtel de M. Duv. d'Espremenil, à Paris, on sait bien comment, dans l'appartement du comité secret & clandestin

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d'une grande Dame à Versailles, avec sa confidente & autres, où il étoit entré par un trou. Vingt francs pour qui le tuera.

XIII.

UN Hibou, dont le chant sinistre s'est fait entendre plusieurs fois à l'Assèmblée de l'Académie françoise, & qui a volé dans la chaire de Notre-Dame, le jour qu'on y prononça l'oraison funebre de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans, & qui s'est plu depuis dans toutes les Assemblées de cabale. Vingt francs pour celui qui s'en faisira (i).

XIV.

UN Chat-Huant, toujours perché sur le sauteuil de Beaumarchais, & dans son cabinet, lorsqu'il y travaille à ses spéculations sur l'exécrable commerce des grains. Vingt francs à celui qui nous en défera.

XV.

UN noir Corbeau, qui habita l'hôtel de la Police avant la Lieutenance de M. de Crosne, & qui fait encore entendre son lugubre croassement, par son plumage rangeoit autour de lui une vile canaille qu'il

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nous est important d'anéantir ; à quoi voulant pourvoir, considérant d'abord la nécessité d'avoir l'oiseau en notre puissance, nous octroyons vingt francs à qui l'apportera à l'hôtel où nous siégeons.

XVI.

ACCORDONS pareillement douze francs par chaque tête de rats qui seront pris dans l'hôtel des fermes du Roi, bien persuadés que lorsque la race en sera détruite, il en résultera un grand bien, n'étant plus rongés par eux.

XVII.

UN Ours Africain qui a ravagé le Bourg de Breteuil, défolé les habitans de cet endroit, & ruiné les environs, qui a mordu plusieurs fois le respetable ami des Citoyens, le soutien de notre liberté, M. Necker ; en un mot notre Protecteur & notre Pere. Deux cents livres à qui pourra le museler, le charger de chaînes & nous l'amener.

XVIII.

COMME nous n'ignorons pas qu'au nombre des bêtes venimeuses & féroces que nous venons d'indiquer, se joint une innombrable quantité de serpents, couleuvres, lésards, chauves-souris, dont la contagion funeste porteroit le plus grand préjudice à nos intérêts, nous voulons, autant qu'il

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nous sera possible, détruire ces bêtes sales & dégoÛtantes Nous chargeons donc pareillement nos Citoyens Gardes, & nos Gardes Citoyens, d'en écraser autant qu'ils en trouveront, & ce, moyennant la récompense de six livres par chacune ; & pour leur donner à cet égard les renseignements nécessaires, nous leur assurons qu'ils en trouveront un grand nombre,

Nous réservant à détruire par nous-mêmes celles qui se trouveront dans les prisons de l'hôtel de ville, & qui se sont livrées elles-mêmes à une perte inévitable.

Engageons tous Citoyens à prêter la main à la prompte exécution de ces articles, les assurant d'avance, qu'indépendanment de la récompense promise, nous les prenons éternellement sous notre protection.

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LISTE PARTICULIERE DES PROSCRITS DE LA NATION.

FIN.

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Note: (i) Ce fÛt par le Prince Lambesc que ce Hérisson a été dressé au carnage.



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Note: (i) S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans en fut si scandalisé, que l'orateur l'Abbé Mauri en encourut son indignation.



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Note: (1) Quand tous les Intendants de Province seroient de la partie, le diable n'auroit qu'à rire. Nous en exceptons M. l'Intendant d'Alençon.



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Note: (1) Les mémoires sÛrs que nous avons reçus contre cet infâme agent de l'Aristocratie, nous donner la liste de quantité de victimes de ce faux témoin. La malheureuse affaire du sieur Bordier, des Variétés de Paris, ajoute à sa scélératesse. Un tel événement, loin de faire honneur aux Rouennois, ne peut que rendre leur fidélité très-suspecte ; il leur est important de se justifier d'une aussi criante injustice.



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Note: (1) NOTE DU GRESSIER. Il n'est pas inutile de faire observer qu'ici le châtiment est absolument relatif à la conduite qu'a toujours tenue le Prince d'Hénin. Ne s'occupant jamais d'affaires, tout entier au libertinage, il se rendoit la fable de la Cour & de la Ville ; il ne regagna l'estime des infames Princes, qu'en adoptant, comme eux, l'exécrable titre d'aristocrate. On doit se rappeler ce quatrin.

Depuis qu'auprès de ta Catin
Tu joues un rôle des plus minces :
Non, tu n'es plus le Prince d'Hénin,
Mais seulement le nain des Princes.